Développer les pratiques de Dialogue Territorial sur les aires d’alimentation de captages d’eau potable

Comment assurer la montée en compétences des structures gestionnaires des captages d’eau potable en matière de dialogue territorial pour protéger durablement la ressource en eau ? 

La Fédération Nationale d’Agriculture Biologique et l’Ecole du Dialogue Territorial ont conduit ensemble un programme intitulé “Dialogue territorial et pollutions diffuses” entre octobre 2020 et juin 2025. Ce projet a été copiloté et cofinancé par l’Office Français de la Biodiversité dans le cadre du Plan Ecophyto II. Son principal objectif : assurer la montée en compétences des animateurs, agents et élus des structures gestionnaires des captages d’eau potable en matière de dialogue territorial afin de protéger durablement la ressource en eau.

Les membres de l’Ecole de Dialogue Territorial impliqués dans cette démarche sont par ordre alphabétique :

Philippe Barret, Elsa Bonal (Déjà-Là), Cécile Bourbon (Entracte médiation) et Claire Bouteloup (Voix-Croisées)

 

Dialogue Territorial : de quoi parle-t-on ?

Le Dialogue Territorial permet de faciliter la co-construction d’un projet et/ou de conduire une médiation de conflits.

Il s’agit d’une démarche de médiation et de concertation multi-acteurs, entre des représentants de toutes les parties prenantes concernées par un projet ou problème local, à impact environnemental.

Elle vise d’une part l’amélioration ou la résolution d’une situation territoriale, et d’autre part l’amélioration ou la consolidation des relations entre les acteurs.

Cette démarche peut être conduite par un médiateur formé ou par une personne qui adopte une posture de neutralité et de multipartialité.

Pourquoi développer le dialogue territorial sur les captages d’eau potable ?

Préserver la qualité de l’eau sur les aires d’alimentation de captage (AAC) relève d’un enjeu de santé publique. D’après le ministère de l’écologie, entre 1980 et 2021, environ 1700 captages ont été fermés en raison de la dégradation de la qualité de la ressource du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides.

Les difficultés que rencontre la politique française de protection des AAC sont plurielles. Parmi celles-ci, les observateurs ont identifié le manque d’accompagnement des animateurs des démarches de protection de captages et des difficultés à créer une dynamique collective propice à la réduction des pollutions diffuses d’origine agricole.

Dans les conclusions des Assises de l’Eau qui se sont déroulées entre avril 2018 et juillet 2019, on peut lire que « Mobiliser et encourager les partenariats entre les acteurs concernés (monde agricole, collectivités et groupements de collectivités, préfets) est essentiel pour assurer la protection des captages d’eau potable”.

Par ailleurs, le “Plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau” paru début 2023 prévoit notamment de “Prévenir la pollution des milieux aquatiques et, en particulier, renforcer la protection des aires d’alimentation de captage” et “d’inclure l’ensemble des acteurs autour d’une gouvernance ouverte, plus efficace et plus lisible”.

Plus récemment, la feuille de route « améliorer la qualité de l’eau par la protection de nos captages » présentée en mars 2025 par le gouvernement prévoit « une méthode de travail et de concertation pragmatique permettant de mettre en œuvre, avec les acteurs des territoires, de nouvelles actions performantes en vue d’assurer une meilleure protection de la ressource en eau ».

La pratique du dialogue territorial a pour objectif de créer une dynamique collective intégrant à la fois l’enjeu de réduction des pollutions diffuses et les préoccupations de chacun des acteurs concernés, au-delà des divergences d’intérêts. Ces aspects sont déterminants pour favoriser la mise en œuvre et la réussite des programmes d’action pour la restauration de la qualité de l’eau

LES PRODUCTIONS DU PROGRAMME

LES FICHES EXPERIENCES

L’expérience de Bayeux Intercom

L’expérience de la Communauté de communes du Liancourtois

LES VIDEOS

Bayeux Intercom

Communauté de communes du Liancourtois

Vidéo générale

LES FICHES METHODE

Préparer et conduire le dialogue

Développer les compétences de l’animateur du dialogue

Instituer la culture du dialogue

Développer les pratiques de Dialogue Territorial sur les aires d’alimentation de captage d’eau potable

Le programme “Dialogue territorial et pollutions diffuses” s’est déroulé entre octobre 2020 et juin 2025. Il a été copiloté par la Fédération Nationale d’Agriculture biologique et l’Ecole du Dialogue Territorial et cofinancé par l’OFB.

Il a été conduit et financé dans le cadre du Plan Ecophyto II, sur une action de l’axe 5 du Plan intitulée « Susciter et soutenir des projets collectifs de réduction des usages, des risques et des impacts des produits phytopharmaceutiques ».

Les différentes activités déployées dans le cadre du programme ont été les suivantes :

  • La mise en place de deux appels à candidatures pour le recrutement des collectivités locales participantes au programme
  • L’organisation de formations, d’accompagnements individuels et collectifs et de temps d’échanges en visio pour les collectivités participantes
  • Une formation à destination des salariés du réseau de la FNAB impliqués sur la protection des captages
  • L’organisation de rencontres annuelles pour partager les avancées, échanger sur les freins et leviers au processus de dialogue et travailler sur des sujets d’intérêt commun
  • La capitalisation des enseignements du programme grâce à des analyses au fil de l’eau et à des enquêtes auprès des bénéficiaires
  • La valorisation et diffusion de ces enseignements par le biais de différents supports : des fiches retour d’expériences, des fiches méthodologiques, des vidéos et des webinaires de restitution du programme organisés par l’intermédiaire d’IdealCO et du Centre de ressources Captages de l’OFB
  • Le pilotage du programme en lien avec le comité de suivi qui a été mis en place pour suivre l’avancée du programme, porter un regard critique sur les réalisations et formuler des propositions d’ajustement au fil de l’avancée du projet.

Le comité de suivi s’est réuni deux fois par an. Il était composé de représentants de l’OFB, du ministère de la transition écologique, du ministère de l’agriculture et des agences de l’eau.

Le programme s’est déroulé en trois phases d’un peu plus d’une année chacune. Les deux premières phases ont été principalement centrées sur la formation et l’accompagnement de deux cohortes de collectivités bénéficiaires. La troisième année a permis quant à elle de poursuivre les accompagnements au sein de 18 collectivités et de mettre en œuvre les activités de capitalisation, valorisation et diffusion des enseignements du programme.

Les activités des 3 phases du programme

LES PILOTES DU PROJET

La Fédération Nationale dAgriculture Biologique (FNAB)

Le réseau FNAB– Fédération d’Agriculture Biologique – est le seul réseau professionnel agricole spécialisé en agriculture biologique. Cette association née en 1978, est constituée d’une tête de réseau, de 13 groupes régionaux et de près de 90 groupes locaux. Elle compte environ 10 000 fermes bio adhérentes. En tant qu’organisme professionnel, la FNAB a essentiellement pour objet l’organisation, la représentation et la défense au plan national et international de la profession d’agriculteur biologique. Elle s’investit dans l’appui des agriculteurs et agricultrices et plus largement des acteurs de la sphère agricole et alimentaire. ​La FNAB joue aussi un rôle d’interface entre son réseau et les organisations européennes et internationales de la bio.

En tant que fédération, la FNAB anime le réseau des groupements d’agriculteurs biologiques répartis sur tout le territoire français. Elle appuie les réflexions et les actions des groupements adhérents pour que se développe une agriculture biologique de haute qualité, ouverte et accessible à tous et toutes. Les champs thématiques travaillés sont nombreux : accompagnement des agriculteurs vers la conversion en bio, soutien à l’installation et à la transmission de fermes bio,  appui aux collectivités pour la mise en place de politiques publiques (sur l’eau, la biodiversité, la résilience climatique et l’alimentation de qualité…), structuration de filières de territoire, introduction de produits bio locaux dans les cantines… Elle travaille également aux côtés des entreprises pour encourager le développement et la structuration de filières durables et équitables. Enfin, le réseau de la FNAB mène un travail de sensibilisation des consommateurs et du grand public en général.

L’Ecole de Dialogue Territorial

L’école de dialogue territorial est un collectif de professionnels formateurs et praticiens du dialogue territorial (DT) au sein de lassociation Geyser. Ce collectif s’implique “hors les murs” :

  • Pour la construction et la diffusion à grande échelle de la culture du dialogue entre tous les acteurs concernés par la gestion du territoire et de ses ressources ;
  • Pour tous les acteurs qui souhaitent ouvrir le dialogue et favoriser la coopération dans les processus de décision.

Ainsi, sont réalisés :

  • des formations auprès de professionnels et étudiants,
  • des accompagnements à la mise en œuvre du DT,
  • des interventions destinées à faire connaître le DT et ses effets (rencontres professionnelles, webinaires, etc.),
  • des réflexions internes et des échanges avec d’autres professionnels de la concertation et de la participation (recherche et développement avec les mondes professionnels et de la recherche).

Les membres de l’Ecole de Dialogue Territorial impliqués dans cette démarche sont par ordre alphabétique :

Philippe Barret, Elsa Bonal (Déjà-Là), Cécile Bourbon (Entracte médiation) et Claire Bouteloup (Voix-Croisées)

Les bénéficiaires du programme

Au total, 22 collectivités, réparties en deux cohortes, ont été volontaires pour participer à ce programme, avec :

  • Des bénéfices attendus pour les agents et élus de ces collectivités grâce à la formation, à l’accompagnement et aux temps d’échanges collectifs ;
  • Des engagements, notamment la participation d’au moins un élu ou responsable hiérarchique de l’animateur « captages », l’assiduité à la formation et la participation aux différentes actions proposées dans le cadre du programme.

LES ACTIONS REALISEES DANS LE CADRE DU PROGRAMME

Une approche globale et appliquée, visant une montée en compétences en situation professionnelle

Le programme visait à proposer une approche globale pour favoriser la montée en compétence des animateurs et des structures accompagnées au-delà de la simple salle de formation.

Ainsi, plusieurs modalités complémentaires ont été articulées :

De la formation :

  • Une formation de 5 jours pour les animateurs (31 animateurs formés),
  • En parallèle, une sensibilisation d’une journée à destination des élus et responsables hiérarchiques des animateurs (21 directeurs et élus sensibilisés),
  • Une formation de 1,5 jours pour les animateurs des groupements bio départementaux (8 personnes formées).

De l’accompagnement :

  • Un accompagnement sur mesure des animateurs – et d’un responsable s’il le souhaitait – afin de soutenir la mise en pratique en contexte professionnel (11 structures accompagnées)
  • Une animation de réseau entre les animateurs formés
  • Une rencontre annuelle réunissant tous les animateurs, élus et responsables ayant participé à la démarche,

De la capitalisation et de la valorisation :

  • Pour illustrer des démarches de dialogue territorial et des situations expérimentées par les animateurs,
  • Pour tirer les enseignements des situations rencontrées par les animateurs,
  • Pour inciter d’autres collectivités

ZOOM SUR LA FORMATION DES ANIMATEURS

31 animateurs ont bénéficié d’une formation de 5 jours répartie en 2 modules : 3 journées de formation dites « socle » et 2 journées d’approfondissement.

Ce parcours visait un double objectif (cf. schéma ci-dessous) : acquérir de nouvelles compétences et soutenir la capacité à les mettre en œuvre sur le terrain.

Pour cela, la formation alliait apports méthodologiques (moins de 50% du temps), mises en situation et exercices (plus de 50% du temps).

 

Les objectifs pédagogiques de la formation – accompagnement du programme

Zoom sur l’accompagnement des structures vers la mise en œuvre de démarches de dialogue territorial

A l’issue de leur formation, 11 animateurs captages, et certains de leurs responsables, ont bénéficié d’un accompagnement sur mesure pour soutenir la mise en pratique du dialogue territorial. L’accompagnement a consisté en différentes actions, notamment en fonction des besoins des animateurs, des situations locales (le niveau d’avancement de la démarche captage notamment) et des enjeux territoriaux.

Par exemple, certains accompagnements ont permis de préparer le début d’une démarche de dialogue :

  • Créer les conditions institutionnelles favorables,
  • Construire le cadre initial (quel objectif de dialogue, quels produits attendus, etc),
  • Identifier les parties prenantes et les rencontrer en entretien.

D’autres ont permis de préparer et d’animer une première rencontre de dialogue.

D’autres enfin, ont consisté à aider à dépasser des difficultés relationnelles entre la collectivité et une partie prenante.

Associés à ces accompagnements individuels, ont été proposés chaque année trois rendez-vous (en visio) de partage de pratiques entre animateurs permettant à la fois :

  • D’expliciter les pratiques professionnelles d’animateurs captage,
  • De valoriser les démarches en cours,
  • D’échanger sur les méthodes, effets, écueils (y compris avec des apports des formateurs),
  • Et de soutenir une entraide entre animateurs.

Zoom sur la capitalisation et la valorisation des enseignements du programme

La dernière phase du projet visait à rassembler et analyser les différentes informations et données produites tout au long du programme afin :

  • D’identifier les freins et des leviers à la mise en œuvre d’un processus de dialogue territorial appliqué à l’enjeu de protection des captages d’eau potable au sein de collectivités
  • D’améliorer la pratique et l’action pédagogique de Geyser – EDT et de la FNAB
  • De renforcer les capacités des animateurs de captages, des directeurs de structures, des élus et des partenaires et financeurs
  • De valoriser et de partager les connaissances issues de ce travail auprès des différentes cibles jugées stratégiques, pour renforcer leurs compétences et expertise en matière de dialogue territorial
  • De proposer des modalités de valorisation des enseignements, ainsi que des “livrables” qui soient attractifs et adaptés aux cibles, pour garantir leur bonne appropriation ;
  • De favoriser, in fine, le changement de pratiques agricoles sur les zones de captage en prenant en compte les besoins et attentes de l’ensemble des parties prenantes.

Les cibles qui ont été retenues pour la diffusion des livrables de valorisation sont les suivantes :

Cibles prioritaires :

  • Les animateurs captage
  • Les directeurs, directrices et cadres des collectivités et des structures de gestion des captages
  • Les élu(e)s locaux
  • Les conseillers et animateurs des groupements bio du réseau de la FNAB


Cibles secondaires :

  • Les Agences de l’Eau : pour qu’elles soient elles-mêmes sensibilisées au dialogue territorial, fassent connaître le processus de dialogue territorial, incitent tous les acteurs de l’eau à se former au dialogue territorial et les orientent afin qu’ils aient rapidement accès aux outils et ressources issus du programme ;
  • Les chambres d’agriculture et les autres organisations professionnelles concernées par les projets ;
  • Les animateurs des SAGE, contrats de rivières, et tout autre dispositif de gestion de l’eau ;
  • Les réseaux partenaires qui travaillent ces sujets (FNCCR, Centre de ressources Captages de l’OFB, ANEB, ARRA, réseau Alterre…) et de manière générale l’ensemble des réseaux de collectivités (AMF, Intercommunalités de France, France Urbaine, etc.)

Les livrables du programme se matérialisent sous différentes formes :

  • Des fiches expériences
  • Des fiches méthodologiques
  • Des vidéos courtes
  • Des webinaires qui se sont tenus en juin 2025 et sont accessibles en replay